Il y a ce que l’on apprend en cours, et puis il y a ce que le terrain impose.
Arrivé au Sénégal en août pour un stage au sein d’ICD-Afrique, Odiano Giverso, étudiant en 3ème année de Bachelor à l’EDHEC, ne s’attendait pas seulement à changer de cadre de travail, mais à repenser en profondeur sa manière de comprendre l’engagement, l’impact et la performance.
Entre immersion culturelle, contraintes très concrètes et travail au plus près des communautés, cette première expérience professionnelle à l’international a déplacé ses certitudes. Ici, les modèles s’ajustent aux réalités, les solutions se construisent collectivement, et l’impact se mesure moins en chiffres qu’en utilité vécue.
Dans ce témoignage, Odiano revient sur ce que le terrain lui a appris — là où la théorie s’arrête, et où l’expérience commence.
Quand tu es arrivé au Sénégal en août, qu’est-ce qui t’a le plus déstabilisé… et pourquoi ?
« En arrivant au Sénégal en août, ce qui m’a le plus déstabilisé, c’était le changement d’environnement, à la fois culturel et quotidien. Tout était nouveau : les repères, les habitudes, la façon de travailler et d’interagir. Mais ce qui a compté encore plus, c’est que c’était ma première expérience professionnelle en dehors de mon pays — un mélange d’excitation et d’incertitude qui m’a poussé à sortir de ma zone de confort dès les premiers jours. »
Avant ce stage, comment imaginais-tu concrètement le travail d’une ONG comme ICD-Afrique ?
« Avant ce stage, j’imaginais très concrètement le travail d’une ONG comme ICD-Afrique comme étant centré sur le terrain, au plus près des populations, pour les accompagner et répondre à leurs besoins. Et finalement, c’est exactement ce que j’ai retrouvé : beaucoup d’activités locales, de rencontres avec les communautés, d’échanges pour comprendre leurs réalités et leurs priorités, avant d’agir avec elles plutôt que simplement pour elles. »
Y a-t-il un moment précis sur le terrain qui a marqué un tournant dans ton stage ?
« Un moment clé de mon stage a sans doute été la journée où nous avons planté des arbres pour créer des espaces d’ombre et, à terme, des fruits pour les habitants. Ce jour-là, nous étions vraiment au contact direct des communautés : nous pouvions échanger avec eux, écouter leurs attentes et partager ce moment collectif. J’ai eu le sentiment très concret de contribuer à quelque chose de tangible et d’utile, et ça a marqué un vrai tournant dans ma manière de vivre le stage. »
Entre les bancs de l’EDHEC et les villages accompagnés par ICD, qu’as-tu appris que personne ne t’avait enseigné jusque-là ?
« Entre les cours à l’EDHEC et le terrain avec ICD, j’ai découvert des réalités que personne ne m’avait vraiment enseignées auparavant : les difficultés concrètes de communication des idées et des demandes, surtout lorsqu’il faut s’adapter à des contextes, des attentes et parfois des langues différentes. J’ai aussi pris conscience des limites techniques auxquelles les équipes sont confrontées au quotidien — par exemple, certaines informations essentielles peuvent être difficiles à trouver ou à vérifier. Ces contraintes, très loin des modèles théoriques appris en classe, m’ont appris à faire preuve de pragmatisme, d’humilité et d’ingéniosité dans l’action. »

Selon toi, en quoi l’immersion terrain change-t-elle la manière de penser l’économie, l’impact et la performance ?
« L’immersion sur le terrain change profondément la manière de penser l’économie, l’impact et la performance. À l’école, ces notions restent souvent théoriques et chiffrées, alors qu’au contact direct des communautés, on comprend que l’impact se mesure surtout par l’utilité concrète pour les habitants et leur réalité quotidienne. Les contraintes locales, les difficultés de communication ou les limites techniques rappellent que chaque action doit être pensée avec les populations et non seulement à partir de modèles. Cette expérience m’a appris à voir la performance non pas comme un résultat abstrait, mais comme un changement tangible et partagé sur le terrain. »
Comment décrirais-tu le travail des équipes locales d’ICD en trois mots — et pourquoi ceux-là ?
« Je décrirais les équipes locales d’ICD comme inventives, pleines de ressources et engagées. Inventives, parce qu’elles trouvent constamment des solutions adaptées malgré des contraintes techniques ou matérielles. Pleines de ressources, car elles savent tirer parti de chaque opportunité et mobiliser les bonnes personnes au bon moment. Et engagées, parce que leur motivation et leur implication au service des communautés sont visibles au quotidien sur le terrain. »
Qu’est-ce que ce stage t’a appris sur ta propre façon de t’engager, de travailler, ou de regarder le monde ?
« Et bien, je dirais qu’il m’a vraiment ouvert les yeux sur ma façon de m’engager et de travailler. Le fait d’être sur le terrain m’a appris à regarder les problèmes autrement, avec plus de recul et de sens pratique. J’ai compris que tout ne se résout pas avec des modèles ou des idées théoriques, et qu’il faut souvent s’adapter, écouter et composer avec les réalités locales. Cette expérience m’a aidé à développer une approche plus humble, plus concrète et plus tournée vers l’impact réel. »
Si tu devais résumer ton expérience ICD-Afrique à quelqu’un qui hésite à s’engager ou à partir sur le terrain, que lui dirais-tu ?
« Si je devais évoquer mon expérience avec ICD-Afrique à quelqu’un qui voudrait éventuellement s’engager ou à partir sur le terrain, je lui dirais de foncer. C’est une expérience qui bouscule, qui fait grandir et qui permet de donner du sens à ce qu’on fait, bien au-delà de la théorie. Être au contact direct des communautés, contribuer concrètement à des projets utiles et découvrir une autre réalité, c’est quelque chose qu’on ne peut pas vraiment comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu. Si l’occasion se présente, il ne faut pas hésiter. »